mardi 27 avril 2010

Notre Dame de Paris, chapitre II


La Façade Occidentale

ette façade a été commencée sous l’épiscopat d’Eudes de Sully à partir de 1200 par le troisième architecte et poursuivie sous ses successeurs, notamment Guillaume d’Auvergne, après 1220 par le quatrième. La tour Nord est achevée en 1240 et celle du Sud en 1250.
Elle se présente comme une masse imposante, simple et harmonieuse dont la force et la sobre grandeur reposent sur un jeu de lignes verticales et horizontales :

- quatre contreforts puissants qui jaillissent jusqu’au sommet des tours et les élèvent vers le ciel. Ils nous disent de manière symbolique que cette église-cathédrale est construite pour Dieu.
- deux larges bandes horizontales qui semblent tasser l’édifice vers notre terre charnelle. Cette église-cathédrale est aussi une cathédrale pour les hommes. Ses dimensions sont imposantes :
- 41 m en largeur
- 43 m en hauteur jusqu’à la base des tours
- 63 m au sommet des tours



Par sa simplicité et son harmonie, cette façade a fasciné les historiens modernes de l’art et les architectes contemporains. Marcel Aubert écrira que c’est une des plus parfaites que le Moyen Age ait élevées, un chef d’œuvre de composition et d’exécution, quant à Le Corbusier, il parlera d’une pure création de l’esprit. Pour lui, la surface déterminante est réglée par le carré et le cercle d’où sa pureté géométrique. La lecture symbolique peut nous aider à en comprendre le sens :

- le carré est le symbole de l’espace créé, limité.
- le cercle est le symbole de l’illimité, figure parfaite sans commencement ni fin, image de Dieu. Le monde de Dieu fait irruption dans le monde créé : Dieu s’est fait homme. C’est le mystère de l’Incarnation. La tête de la Vierge et de Jésus s’inscrivent exactement au centre de la rose occidentale. Le « Oui » de Marie a permis l’irruption de Dieu en Jésus dans le monde. Et Marie présente le Fils à la ville.
Au centre de la façade, au niveau de la galerie dite de la Vierge, une grande rose, de 9,60 m de diamètre et exécutée vers 1225, occupe le centre de la façade constituant comme une auréole à une statue de la Vierge à l’Enfant entre deux anges. A droite et à gauche, les statues d’Adam et d’Eve rappellent la faute originelle. Ces statues ont été refaites par Viollet-le-Duc au XIXe siècle.


Sous la balustrade, s’étend la large bande horizontale de la galerie des rois. Elle aligne vingt-huit statues représentant vingt-huit générations de rois de Juda, descendants de Jessé et ancêtres humains de Marie et de Jésus. Cet ensemble souligne que Marie, vraie femme, née de la race humaine, engendre Jésus, vrai homme et vrai Dieu. Mises en place dans le premier tiers du XIII ème siècle, ces statues peintes vont très vite apparaître comme des représentations des rois de France que les simples gens aimaient reconnaître. Dès 1284, c’est ainsi qu’elles sont présentées. Et cette tradition se perpétuera au cours des siècles. C’est pourquoi, au moment des troubles de la Révolution, elles subiront d’importantes mutilations comme symboles du despotisme royal et seront abattues...








- En 1843, quand les architectes Viollet-Le-Duc et Lassus reçoivent le chantier de Notre-Dame, il ne demeure aucune de ces statues. Viollet-Le-Duc décide, avec l’aide de l’atelier de Geoffroi-Dechaume, de restituer les statues que nous voyons aujourd’hui.
- En 1977, à la faveur de travaux dans le quartier parisien de la Chaussée d’Antin, 143 fragments des statues royales de Notre-Dame furent redécouverts. Ils sont actuellement exposés au musée de Cluny.
A l’étage inférieur, sous la galerie des rois, on observe trois grands portails qui ne sont pas tout à fait identiques. Le portail central, appelé portail du Jugement, est plus élevé et plus large que les deux autres, le portail Sainte-Anne (à droite ou au Sud) et le portail de la Vierge (à gauche ou au Nord). Celui-ci est surmonté d’un gâble* triangulaire. Ces portails sont ornementés d’un fourmillement de personnages et entourés dans les ébrasements* de grandes statues refaites au XIXe siècle par Viollet-le-Duc.


Sur les contreforts, des niches abritent quatre statues refaites par l’atelier de Viollet-le-Duc. Il s’agit sur le contrefort gauche (Nord) du diacre saint Etienne, sur le contrefort droit (Sud) d’un évêque, très vraisemblablement saint Denis, et de part et d’autre du portail central de deux allégories, la Synagogue à droite et l’Eglise à gauche.


Cette façade, jaillissant directement du sol, apparaît comme un chef d’œuvre d’équilibre et d’harmonie.
Cette façade a été commencée sous l’épiscopat d’Eudes de Sully à partir de 1200 par le troisième architecte et poursuivie sous ses successeurs, notamment Guillaume d’Auvergne, après 1220 par le quatrième. La tour Nord est achevée en 1240 et celle du Sud en 1250.




Le Portail du Jugement

Le Portail du Jugement est le portail central de la façade occidentale, installé dans les années 1220-1230, peu après les deux autres portails de la façade. Il représente le Jugement Dernier tel qu’il est écrit dans l’Evangile de Saint Matthieu.




Au linteau inférieur, les morts ressuscitent et sortent de leur tombe. Juste au-dessus, au linteau supérieur, l’archange Michel pèse leur âme et, suivant la vie qu’ils ont menée sur la terre et l’amour qu’ils ont manifesté envers Dieu et les hommes, les élus sont conduits à gauche vers le Paradis (à la droite du Christ) tandis que les damnés sont menés par un diable vers l’enfer à droite.








Cependant le Christ au tympan, majestueusement assis sur son trône de gloire, rappelle qu’il est venu sur terre pour sauver l’humanité, par son sacrifice sur la Croix. Il montre les plaies de ses mains et de son flanc tandis que les deux anges qui l’entourent portent respectueusement les instruments de la Passion : celui de gauche la lance et les clous de la Croix, celui de droite la Croix elle-même. Jésus nous demande ainsi de lui faire confiance et nous indique qu’alors tout deviendra possible pour nous, avec son soutien et l’aide de tous les saints qui intercèdent pour nous, en premier lieu Marie et Jean l’Evangéliste placés ici comme au pied de la Croix le jour de sa Crucifixion, Marie à sa droite et Jean à sa gauche.






Au-dessus, comme dans les autres portails, les voussures sont occupées par la cour céleste (anges, patriarches, prophètes, docteurs de l’Eglise, martyrs et vierges) et l’on peut remarquer la place très réduite prise sur l’enfer tout à fait à droite. Il ne fait donc pas désespérer mais garder sa lampe allumée comme celle des vierges sages figurant au piédroit gauche (du côté du Paradis), alors qu’au piédroit opposé, les vierges folles n’ont plus d’huile dans leur lampe à l’arrivée de l’Epoux.



Ce Portail a subi deux modifications importantes au XVIIIe siècle. Tout d’abord en 1771 où l’architecte Germain Soufflot supprima le trumeau et la partie centrale des deux linteaux à la demande le l’Archevêque et du Chapitre, il fallait en effet faciliter le passage du dais sous lequel était présenté le Saint Sacrement lors des processions. Le vide réalisé fut remplacé par une arcade en bois ornée du chiffre de Marie rehaussé d’une couronne portée par deux anges. Les lourds vantaux de XIIIe siècle furent remplacés par deux portes où furent sculptés sur l’une le Christ portant sa croix et sur l’autre une Vierge douloureuse.
Autre avatar en 1792, les révolutionnaires détruisirent, comme aux autres portails de la cathédrale, les grandes statues des ébrasements. Lors de la grande campagne de restauration à la moitié du XIXe siècle, Viollet-le-Duc rétablira l’état d’origine du portail en faisant refaire, de même que les effigies des vierges sages et les vierges folles, le trumeau et les statues des douze apôtres placées aux ébrasements. On reconnaît successivement :

- à gauche, Barthélemy, Simon, Jacques le Mineur, André, Jean et Pierre
- au trumeau, le Christ enseignant, placé sur un socle où sont sculptés les arts libéraux
- à droite, Paul, Jacques le Majeur, Thomas, Philippe, Jude et Matthieu




Au pied des douze apôtres, des médaillons représentant les vertus et les vices qui leur sont opposés, thématique reprise dans la Rose ouest.




Le Portail de la Vierge

Le Portail de la Vierge est le portail de la façade occidentale situé à gauche. Il a été installé dans les années 1210-1220, donc après le portail Sainte-Anne, mais le portail du Jugement Dernier lui est légèrement postérieur.
Il retrace, selon la tradition de l’Eglise, la mort de Marie, sa montée au Paradis et son couronnement en tant que reine du Ciel. Juste au-dessus des deux portes, sur le linteau* inférieur, trois prophètes à gauche, trois rois de l’Ancien Testament à droite, tiennent des phylactères indiquant que la promesse de Dieu a été accomplie : Jésus est venu sauver l’humanité. Juste au-dessus, sur le linteau supérieur, Marie repose sur son lit de mort entourée par Jésus et par les douze Apôtres. Deux anges placés à la tête et aux pieds de Marie soulèvent son linceul et l’emportent au Paradis.
Au centre du tympan, nous retrouvons Marie, au Paradis, assise sur le même trône que Jésus. Elle est alors couronnée par un ange tandis que Jésus la bénit et lui donne le sceptre. Elle est ainsi devenue reine du Ciel, Regina Cæli, devant toute la Cour céleste composée d’anges, de patriarches, de rois et de prophètes installés dans les quatre voussures* successives.


Dans la partie inférieure, au-dessus du trumeau, nous distinguons sous un dais représentant la Jérusalem Céleste un grand coffre : c’est l’Arche d’Alliance dont le contenu matérialisait autrefois la promesse faite par Dieu à son peuple. Marie est considérée maintenant comme la nouvelle Arche d’Alliance, car par elle est venu Celui qui a accompli la promesse de sauver l’humanité.
De chaque côté des deux portes, nous voyons neuf statues en pied refaites au XIXe siècle par l’Atelier de Viollet-le-Duc après les destructions révolutionnaires de 1793. On reconnaît successivement :

- à gauche, l’empereur Constantin, un ange, Saint Denis portant sa tête et encore un ange
- au trumeau, la Vierge à l’Enfant
- à droite, Saint Jean-Baptiste, Saint-Etienne, Sainte Geneviève et le Pape Saint Sylvestre
Saint Denis et Sainte Geneviève sont avec Saint Marcel les saints patrons de Paris.
Les piédroits des deux portes sont consacrés à la vie des hommes, qui suit un cycle immuable. On peut distinguer à gauche et à droite, d’une part les signes du Zodiaque représentant les douze mois de l’année, d’autre part les travaux des mois. Sur le trumeau central figurent à gauche les saisons, à droite les âges de la vie. Ces thématique sont reprises sur les vitraux de la Rose Ouest.


Le Portail Sainte-Anne

Le Portail Sainte-Anne est le portail de la façade occidentale situé à droite. Il a été installé vers 1200 avant les deux autres portails de la façade. Son tympan est le remploi d’un tympan précédent fait une cinquantaine d’années plus tôt pour la cathédrale précédente (l’ancienne cathédrale Saint-Etienne).
On remarque en son centre une merveilleuse Vierge à l’Enfant encore de style roman, avec toutes les caractéristiques d’élégance et de sérénité des vierges en majesté. Ainsi sous un dais et sur un trône, elle porte une couronne et un sceptre et serre sur ses genoux son fils qui tient le Livre de la Loi. Elle nous regarde et nous montre l’Enfant qui nous bénit et tous deux nous incitent à pénétrer dans la cathédrale pour se recueillir et pour prier. Marie semble dire : « entrez dans cette église placée sous mon patronage et venez-y adorer mon fils venu sur terre pour sauver l’humanité ».


De part et d’autre du trône se trouvent un ange puis à gauche un évêque de Paris et peut-être son trésorier, à droite un roi de France. L’évêque pourrait être Saint Germain et le roi Childebert, mais aucun de ces trois derniers personnages n’a pu être identifié avec certitude.
Au-dessus du tympan, dans les voussures concentriques, nous voyons toute la cour céleste (Anges, Rois, Prophètes et Vieillards de l’Apocalypse) chanter la gloire de Dieu, merveilleux monceau d’harmonie et de finesse sculpturale.
Les deux linteaux au-dessous du tympan retracent dans deux belle frises sculptées le mariage de Joachim et d’Anne et celui de Marie et de Joseph (linteau inférieur), tandis qu’au linteau supérieur figurent les scènes de la venue sur terre du Christ, allant de l’Annonciation jusqu’à l’Epiphanie.
Au-dessous des linteaux, de chaque côté des deux portes en bois aux ferrures de fer forgé du XIIIe siècle merveilleusement ouvragées, nous voyons neuf statues en pied refaites au XIXe siècle par l’atelier de Viollet-le-Duc après les destructions révolutionnaires de 1793. On reconnaît successivement :

- à gauche, un roi, la reine de Saba, le roi Salomon et Saint Pierre
- au trumeau, Saint Marcel, évêque de Paris au Ve siècle, qui écrase un dragon symbolisant les fléaux dont son diocèse était alors affligé
- à droite, Saint Paul, le roi David, Bethsabée et un autre roi


La Flèche
Une première flèche fut construite au-dessus de la croisée du transept vers 1250. C’était un clocher qui a comporté au XVIIe siècle jusqu’à cinq cloches. Elle fut démontée de 1786 à 1792.
Viollet-le-Duc, au moment des travaux de restauration de la cathédrale, décide de mettre en place une seconde flèche dont la charpente serait indépendante de celle de la forêt sur une base octogonale prenant appui sur les quatre piliers du transept.
En 1860, il charge le charpentier Bellu de ces travaux. Le modèle est celui de la flèche à deux étages imaginée à Orléans en 1852 qui s’éloigne fondamentalement de celle du XIIIe siècle. De plus, cette flèche n’est plus un clocher.
La flèche domine les statues de cuivre vert-de-grisé des douze apôtres avec les symboles des quatre évangélistes. Viollet-le-Duc s’est fait représenter lui-même sous les traits de saint Thomas avec son équerre. Il semble contempler le sommet de son « Grand Œuvre ».

Viollet-le-Duc sous les traits de St Thomas









Quelques chiffres impressionnants : 500 tonnes de bois, 250 tonnes de plomb, une hauteur de 93 m depuis le sol.










Enfin, le coq situé au sommet de la flèche contient trois reliques : une parcelle de la Sainte Couronne d’épines, une relique de saint Denis et une de sainte Geneviève. Il constitue ainsi un véritable « paratonnerre spirituel » protégeant tous ceux et toutes celles qui oeuvrent pour la louange de Dieu, à l‘intérieur de la cathédrale, icône de la Jérusalem céleste. C’est le cardinal Verdier, archevêque de Paris, qui les replaça en présence du chapitre des chanoines le 25 octobre 1935.




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